Neues Wiener Tagblatt - Quand François Bayrou fait la leçon à la cour d'appel de Paris

Quand François Bayrou fait la leçon à la cour d'appel de Paris

Quand François Bayrou fait la leçon à la cour d'appel de Paris

Toujours courtois, parfois condescendant, le président du MoDem François Bayrou a ferraillé jeudi avec la présidente de la cour d'appel, rejetant à nouveau toute responsabilité dans le dossier de détournements de fonds publics au préjudice du Parlement européen.

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Souriant, détendu, le teint hâlé, le leader centriste, qui était entendu pour la première fois depuis le début de son procès en appel, s'est avancé à la barre avec l'assurance du vétéran de la politique, habitué aux joutes oratoires.

Il commence par un exposé liminaire d'une vingtaine de minutes, n'hésitant pas à convoquer la figure du capitaine Dreyfus. "Il avait dit à sa femme : +Si tu veux que je vive, fais-moi rendre mon honneur+", cite François Bayrou.

Puis, il se lance dans un exposé d'une vingtaine de minutes pour combler "la méconnaissance de l’histoire politique des 30 dernières années et la méconnaissance de la vie des partis politiques" dont a fait preuve selon lui la cour.

"Ca fait déjà beaucoup", rétorque la présidente, Pascaline Chamboncel-Saligue, sans se démonter.

Leur duel est à fleurets mouchetés. François Bayrou multiplie les "si vous me permettez, madame la présidente..." Mais le ton monte parfois.

Lorsqu'elle veut recadrer avec des questions précises - "Ce n'est pas une audition, c'est un interrogatoire", lance-t-elle au prévenu - François Bayrou s'agace : "Vous m'empêchez de conduire mon raisonnement!".

- "Accusation infondée" -

Sur le fond, le président du MoDem, poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics au préjudice du Parlement européen, nie tout en bloc.

"J'ai été relaxé en première instance", rappelle en introduction le leader centriste.

Il est soupçonné avec dix co-prévenus d'avoir utilisé entre 2005 et 2017 des fonds européens pour rémunérer des assistants parlementaires d'eurodéputés qui travaillaient en réalité pour l'UDF, puis le MoDem. Les deux partis sont également poursuivis en tant que personne morale.

Début 2024, en première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait lourdement condamné le MoDem et ses co-prévenus, mais avait finalement reconnu innocent François Bayrou "au bénéfice du doute".

L'accusation soutient toujours que les prévenus ont détourné entre 2005 et 2017 environ 300.000 euros via onze contrats fictifs d'assistants parlementaires.

"En aucune manière, et jamais, il n’y a eu utilisation des crédits des uns pour les autres", insiste François Bayrou.

"L’accusation selon laquelle nous aurions inventé un système pour soulager les finances du parti est totalement infondée. Nous n’avions pas de difficultés, donc pas de mobile", dit-il encore.

Ou bien : "Je ne me suis jamais intéressé au détail de la gestion quotidienne", lorsque les questions deviennent trop précises.

- " C'est dégueulasse" -

Le seul moment où François Bayrou apparaît touché, c'est en évoquant Marielle de Sarnez, sa proche parmi les proches, son inséparable binôme. L'ancienne vice-présidente du MoDem est morte en 2021 avant le procès.

"J’ai bien vu qu’un certain nombre de gens cherchaient à mettre sur le dos de Marielle de Sarnez un certain nombre de choses", dit-il.

"Certains, je ne donnerai pas de noms, sont venus me voir pour dire +Marielle n’étant plus là, on pourrait s’en servir pour régler les questions+".

"C’est une ignominie. C’est dégueulasse. Marielle était une personnalité exceptionnelle", martèle François Bayrou.

"Ensemble, je l’ai dit à ses obsèques, nous avons pu construire l’aventure politique la plus inattendue, la plus inimaginable. Si nous n’avions pas été là, le centre politique n’existerait plus en France", assure-t-il, des larmes dans la voix.

O.Auer--NWT