Neues Wiener Tagblatt - Voiture folle dans un carnaval belge: le conducteur face à la justice pour meurtres

Voiture folle dans un carnaval belge: le conducteur face à la justice pour meurtres
Voiture folle dans un carnaval belge: le conducteur face à la justice pour meurtres / Photo: NICOLAS MAETERLINCK - BELGA/AFP/Archives

Voiture folle dans un carnaval belge: le conducteur face à la justice pour meurtres

Un procès emblématique de la violence routière s'est ouvert lundi en Belgique, où un automobiliste de 38 ans doit répondre de sept meurtres devant un jury populaire pour avoir foncé en 2022 dans une foule qui se rassemblait pour un carnaval.

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En pantalon et blouson noirs, les yeux fixés au sol, Paolo Falzone s'est présenté peu après 10H00 (08H00 GMT) devant ses juges et les dizaines de blessés ou proches de victimes venus à l'audience à Mons (sud) en quête d'explications.

"On y est enfin ! On va être solidaires, on va être forts tous ensemble pour passer cette épreuve", a confié à des journalistes lors de son arrivée Florian Devise, gravement blessé à la tête lors de l'accident.

Le drame s'était produit le 20 mars 2022 à Strépy-Bracquegnies, une section de la ville de La Louvière, réputée pour son défilé de "Gilles" en sabots, costume à grelots et coiffe blanche.

A 5H00 du matin, au moment du "ramassage" dans la rue des hommes costumés, avant la parade de carnaval, une voiture avait foncé à très vive allure dans un groupe d'une centaine de personnes rassemblées sur la chaussée.

A cette heure-là, le conducteur Paolo Falzone est de retour de boîte de nuit avec un ami à ses côtés. Il est lancé dans une pointe de vitesse et ne peut éviter le cortège.

- 174 km/h -

Le choc est extrêmement violent. L'enquête démontrera qu'à une minute du premier impact, sa BMW au moteur gonflé roulait à 174 km/h, malgré la limitation à 50 dans cette zone urbaine.

Six personnes sont tuées sur le coup. Les secours rapidement dépêchés sur place dénombrent une quarantaine de blessés, dont certains très grièvement. Un septième décès interviendra en 2024.

Fait exceptionnel pour un accident de la route, le procès se tient devant une cour d'assises, qui a été délocalisée dans un hall d'expositions pour pouvoir accueillir près de 200 parties civiles au total.

Parmi elles, Lorena Cascarano a perdu ses deux parents et l'oncle maternel qui était son parrain, tous trois tués sur le coup dans le cortège.

"Je suis toujours dans l'incompréhension, comme il y a quatre ans, dévastée", a déclaré à l'AFP cette étudiante de 27 ans. "Je n'attends pas forcément des excuses, mais des explications ça oui".

Paolo Falzone, un habitant de Strépy connu pour être un fan de vitesse, coutumier des infractions routières, encourt trente ans de prison.

Il est jugé avec son ami et passager Antonino Falzone (pas de lien de parenté). Accusé de non-assistance à personne en danger, ce dernier risque jusqu'à deux ans de prison ferme.

- "Inaudible" -

A ce procès, qui doit durer six à huit semaines, l'avocat de Paolo Falzone, Frank Discepoli, devrait de nouveau s'insurger contre la qualification de "meurtres" retenue par la justice.

"Il n'a jamais voulu tuer qui que ce soit!", a soutenu devant la presse Me Discepoli, reconnaissant la conduite "totalement irresponsable" de son client.

Face à la défense, les parties civiles vont au contraire marteler, comme l'accusation, que ce drame ne relève pas d'une simple imprudence ou négligence. Et plaider l'élément "intentionnel" en raison de plusieurs circonstances exceptionnelles.

"Je ne peux pas concevoir qu'on renverse quelqu'un, qu'on roule dessus, qu'on poursuive sa route, et qu'on vienne dire que c'est involontaire, c'est inaudible!", a fait valoir Me Jean-Philippe Mayence, qui défend une centaine de parties civiles.

Pour les douze jurés, un des points clés sera de tenter de comprendre pourquoi il a fallu à Paolo Falzone plus d'un kilomètre pour s'arrêter après l'accident.

Deux personnes avaient pourtant traversé son pare-brise sous la violence du choc, et une troisième se trouvait sur le capot avant qu'elle ne chute. Des témoins ont affirmé avoir vu la voiture réaccélérer pour passer sur le corps de ce "Gille".

Aux enquêteurs, Paolo Falzone a dit avoir poursuivi sa route par crainte de la réaction des membres du cortège.

L'enquête a révélé qu'au moment de l'accident il était en train de se filmer au volant pour une "story" sur les réseaux sociaux et ne regardait pas devant lui.

Le premier jour d'audience doit être consacré à la lecture de l'acte d'accusation et au premier interrogatoire des accusés.

I.Horvath--NWT