À la ménagerie du Jardin des Plantes, Nénette peut enfin prendre de la hauteur
Tranquillement, Nénette est apparue au bout de la passerelle: à 57 ans, la célèbre orang-outan de la ménagerie du Jardin des Plantes sait toujours ménager ses effets, au moment de rejoindre son nouvel enclos extérieur.
Enfin! Après plus d'un demi-siècle en intérieur, l'héroïne d'un film documentaire de Nicolas Philibert en 2010, artiste peintre à ses heures, a pris possession vendredi avec ses congénères d'une volière bien mieux en phase avec le bien-être des animaux en captivité.
"Les orangs-outans disposent de conditions optimales", se réjouit Christelle Hano, la cheffe soigneuse de la ménagerie située en plein cœur de Paris.
"Ils peuvent bien plus utiliser la brachiation (balancement d'une branche à l'autre avec les bras, ndlr), se baigner... Le plus important, c'est qu'ils ont désormais le choix d'être en intérieur ou en extérieur. Celui aussi de se soustraire au public", explique-t-elle.
- Grand Huit -
L'ancienne singerie était un symbole de la vision désuète qui a longtemps primé dans les zoos. La ménagerie du Jardin des Plantes, créée en 1794 et rattachée au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), est le deuxième plus vieux zoo du monde. Et la singerie, un beau bâtiment de 1934 classé monument historique, est fait d'emplacements exigus que les associations de défense des animaux dénoncent régulièrement.
Après huit ans de projet, les cinq grands singes originaires de l'île de Bornéo disposent d'un espace supplémentaire de 570 m2 de surface, mais surtout de 2.255 m3 de volume, puisqu'ils peuvent grimper jusqu'à 15 m de hauteur, un élément primordial pour ces singes arboricoles.
Au premier regard, l'espace fait penser à un grand huit de fête foraine, enchâssé dans un filet en inox auquel les singes peuvent s'accrocher, le tout offrant au regard un mélange de structure métallique et de bois.
Trois grandes baies vitrées permettent d'observer les grands singes. Qui y bénéficient de 325 m linéaires de cordages pour se déplacer - bientôt 600 m - de nids, d'agrès, de bassins à débordements et même de brumisateurs.
- Bien-être des animaux -
"C'est un projet de longue haleine, puisqu'il a été lancé en 2018. Il a coûté 4 M EUR", financé par le Muséum et le mécénat, explique Gilles Bloch, président du MNHN.
"Il allie histoire des sciences, de l'architecture et de l'espèce. Tout est classé aux Monuments historiques depuis 1993", tout en respectant les normes environnementales. "On se doit de préserver le site mais aussi de rentrer dans le 21e siècle", souligne Emmanuelle Illanès, directrice du patrimoine immobilier du Muséum.
"La priorité était le bien-être des orangs-outans", abonde Aude Bourgeois, vétérinaire et directrice de la ménagerie.
"Le rôle de la ménagerie est triple: conservation des espèces, en particulier celles menacées, éducation à la biodiversité, et recherche", souligne-t-elle.
Les orangs-outans figurent sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en tant qu'espèce en danger critique d'extinction.
En vingt ans, les populations d'orangs-outans ont perdu 80% de leur territoire et se sont réduites de moitié. Il resterait seulement entre 50.000 et 60.000 orangs-outans de Bornéo.
"Les remettre en liberté dans leur milieu naturel qui est en train de disparaitre, ça n'a pas de sens. Notre priorité c'est de préserver la nature", souligne Aude Bourgeois, qui rappelle les partenariats menés en ce sens à Bornéo par le Muséum.
L'espérance de vie des orangs-outans est de 30 à 45 ans dans la nature mais peut monter jusqu'à 60 ans en captivité.
A 57 ans, Nénette en est donc une des doyennes. Assise sur un tronc d'acacia du nouvel espace, elle continue de jauger son auditoire. Lors des premiers moments, elle a exploré les hauteurs, avant de rester dans les zones intermédiaires. Si tout va bien, elle a encore un peu de temps pour en profiter.
P.Mayer--NWT