Neues Wiener Tagblatt - L'Ethiopie somme l'Erythrée de "retirer immédiatement ses troupes" de son territoire

L'Ethiopie somme l'Erythrée de "retirer immédiatement ses troupes" de son territoire
L'Ethiopie somme l'Erythrée de "retirer immédiatement ses troupes" de son territoire / Photo: HASNOOR HUSSAIN - POOL/AFP/Archives

L'Ethiopie somme l'Erythrée de "retirer immédiatement ses troupes" de son territoire

La guerre des mots s'est intensifiée entre l'Ethiopie et l'Erythrée, après qu'Addis Abeba a sommé Asmara de "retirer immédiatement ses troupes" de son territoire, les deux voisins ennemis de la Corne de l'Afrique semblant toujours plus se rapprocher d'un nouveau conflit.

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L'"incursion" des forces érythréennes en Ethiopie et leurs "manœuvres récentes avec des groupes rebelles éthiopiens" indiquent "que le gouvernement érythréen a choisi la voie d'une escalade", a regretté le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timotheos, dans une lettre datée de samedi à son homologue érythréen. Le courrier est visible sur les réseaux sociaux et l'AFP a eu dimanche la confirmation de son authenticité.

Le gouvernement érythréen doit "retirer immédiatement ses troupes du territoire éthiopien et (...) cesser toute forme de collaboration avec les groupes rebelles", poursuit M. Timotheos. Ces actes ne sont pas "de simples provocations, mais des actes d'agression pure et simple", a dénoncé Addis Abeba, estimant néanmoins "possible de briser ce cycle de violence et de méfiance par le dialogue et l'engagement diplomatique".

Des soldats érythréens sont présents dans la région éthiopienne frontalière du Tigré (nord) depuis la guerre de 2020, durant laquelle Asmara avait soutenu l'armée éthiopienne contre les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Un accord de paix signé en novembre 2022, pour lequel Asmara n'a pas été convié, prévoyait le retrait des troupes étrangères au Tigré, qui n'est pas advenu.

Le conflit, l'un des plus meurtriers de ces dernières années, a fait au moins 600.000 morts, selon une estimation de l'Union africaine, des chiffres que plusieurs experts jugent sous-estimés.

Interrogé par l'AFP, le ministre érythréen de l'Information, Yemane Gebremeskel, n'a pour l'heure pas donné suite.

L'Erythrée et l'Ethiopie entretiennent historiquement des relations tendues.

- "Bonne foi" -

Addis Abeba a accusé ces derniers mois son voisin de soutenir des rebelles des régions de l'Amhara et du Tigré. Asmara nie toute implication.

Ancienne colonie italienne progressivement annexée par l'Ethiopie dans les années 1950, l'Erythrée a obtenu formellement son indépendance en 1993 après des décennies de lutte armée contre Addis Abeba.

Une guerre a ensuite opposé les deux voisins entre 1998 et 2000, notamment autour de différends frontaliers, faisant des dizaines de milliers de morts, suivie de 18 ans de relations glaciales.

Les deux pays avaient normalisé leurs relations à l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed en 2018, un rapprochement qui avait valu à ce dernier le prix Nobel de la paix l'année suivante.

Dès le début de la guerre au Tigré en novembre 2020, les troupes érythréennes étaient venues soutenir l'armée fédérale éthiopienne face aux forces des autorités rebelles de la région.

Alors que les deux gouvernement se livrent depuis des mois à une escalade verbale, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a accusé pour la première fois mardi l'armée érythréenne d'avoir commis des "massacres" durant le conflit au Tigré, des accusations qualifiées de "mensonges" par Asmara.

Le chef de l'exécutif éthiopien avait mis des mois avant d'admettre l'implication de soldats érythréens dans le conflit, durant lequel ils ont été accusés d'avoir commis des crimes de guerre.

En cas de "réponse positive à notre demande légitime de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Éthiopie", Addis Abeba "est disposé à s'engager de bonne foi dans des négociations en vue d'un règlement global de toutes les questions d'intérêt commun, y compris les affaires maritimes et la question de l'accès à la mer par le port d'Assab", a assuré le chef de la diplomatie éthiopienne.

Une phrase qui paraît éminemment provocatrice car Asmara accuse son voisin de lorgner sur son port d'Assab. M. Abiy martèle depuis plusieurs mois que son pays enclavé, deuxième plus peuplé du continent avec quelque 130 millions d'habitants, doit avoir un accès à la mer.

U.Lindner--NWT