Lyhanna: ses obsèques vendredi, "la confiance dans nos institutions" en question, selon Macron
Face à un pays sidéré par la mort de la petite Lyhanna, 11 ans, dont les obsèques auront lieu vendredi dans l'intimité, Emmanuel Macron a reconnu mercredi que la question de "la confiance dans nos institutions" était posée, tout en mettant en garde contre toute "démagogie" et "précipitation" à légiférer.
Dans le Gers, les obsèques de la petite fille doivent se dérouler vendredi à 14h30 "dans la plus stricte intimité", selon l'avocat de la famille, et l'association des maires du département a proposé à cette heure-là un moment de recueillement devant les mairies, avec drapeaux mis en berne.
Le principal suspect dans la mort de la collégienne dont le corps a été retrouvé jeudi dernier dans le Gers n'avait jamais été interpellé ou convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs.
"C'est la confiance en nos institutions qui derrière est également posée", a ajouté le président de la République alors que des milliers de personnes ont manifesté leur colère ces derniers jours un peu partout en France.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin et son collègue à l'Intérieur Laurent Nuñez ont lancé une enquête administrative confiée aux Inspections générales de la gendarmerie et de la justice, qui doit rendre ses conclusions le 19 juin.
Soucieux d'éviter toute "démagogie" et toute "précipitation", Emmanuel Macron a appelé à attendre ses conclusions pour agir "avec méthode" et "renforcer tout ce qui doit l'être".
Quelques jours plus tôt, le chef de l'Etat avait réfuté tout manque de moyens au sein de l'institution judiciaire, qui a bénéficié de budgets en hausse sous ses deux quinquennats.
Mercredi au Sénat, le Premier ministre a reconnu un problème de "moyens" dans l'institution judiciaire mais pas dans cette affaire.
- Inflation législative -
L'immense émotion et la colère suscitées par la mort de Lyhanna alimentent une crise majeure pour l'exécutif, qui cherche à proposer des solutions, en particulier en promettant de nouvelles mesures législatives et réglementaires.
Mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration, Jérôme B. doit être présenté à nouveau devant le juge d'instruction en charge du dossier au tribunal judiciaire d'Agen. Une requalification pour meurtre est attendue.
Le procureur d'Agen Olivier Naboulet doit aussi communiquer les résultats de l'autopsie sur les causes de la mort, et d'éventuelles traces d'agression sexuelle.
Dans une autre procédure, le magistrat a annoncé mercredi que le frère de Jérôme B., prénommé Yannick, avait été mis en examen dans le cadre de deux enquêtes pour viol sur des anciennes compagnes.
Par ailleurs, le père du principal suspect du meurtre de Lyhanna, avait été visé par une plainte pour viol d'une de ses petites-filles en 2013, qui a fait l'objet d'un non-lieu en 2021, a indiqué mercredi le parquet général de Montpellier, confirmant une information de RTL.
Parallèlement aux investigations sur Jérome B., gouvernement et parlement rivalisent de propositions.
"La nation a besoin que nous fassions cela avec émotion, le cœur est chaud, mais avec du sang-froid, parce que nous statuons en droit", a insisté Sébastien Lecornu devant le Sénat.
Après avoir proposé la veille de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement, et d'imposer un "délai maximal de trois mois" pour les actes d'enquête concernant les crimes sur enfants, il a ajouté mercredi un décret pour obliger les magistrats à "motiver" le classement sans suite de plaintes pour crimes sexuels sur mineurs.
Ces mesures doivent être intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en conseil des ministres et qui sera examiné au Parlement le 15 juillet.
Dans le même temps, emmenés par la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet, une coalition transpartisane de députés réclame l'inscription à l'ordre du jour d'une proposition de loi globale ("intégrale") sur les violences sexistes et sexuelles, dont la mise en œuvre est chiffrée à 2,7 milliards d'euros.
Au Sénat, une commission d'enquête sur les dysfonctionnements de la justice et le pilotage de la politique pénale a été lancée.
V.Hofbauer--NWT